Le mur

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LE MUR

Tu es en train de marcher avec tout le monde, le soleil brille, tout va bien, et là, tu rentres BOUM dans un mur de briques. Et cela fait mal – même très mal. Tu as mal à la tête, à la poitrine, là où ton cœur bat, et au ventre. Et cela te secoue comme seul un tel choc peut le faire. Cela t’arrête net dans ton chemin. Et tu restes debout là en train de te demander: "Comment ça se fait que je ne l’ai pas vu arriver ? Qu’est ce qui vient de se passer? Comment peut-on me faire une chose pareille?" Tu regardes autour de toi et tous les autres semblent parfaitement bien contourner le mur. Ils continuent comme si de rien n'était et le soleil brille toujours pour eux. Ils ne voient même pas le mur. Ils ne savent même pas qu’il est là. Et tu te rends compte que tu ne savais pas qu’il était là avant de te taper dedans – tu ne savais même pas qu’il y avait un mur que tu pourrais heurter –pas maintenant, pas à ce stade. Lentement, tu te ressaisis. La douleur dans ton ventre est devenue une nausée, ton cœur fait toujours mal, ta tête est pleine de questions à propos de ce mur de briques. Comment? quoi? où? pourquoi? Surtout POURQUOI? Pourquoi quelqu’un te laissearit-il heurter ce mur de brique – pourquoi il’ont-ils mis devant toi et personne d’autre?

Tu peux re-marcher maintenant que la douleur dans ton ventre, et peut-être dans tes jambes, a diminué. Donc, doucement, tu contournes le mur et tu arrives de l’autre côté. Mais ce n'est pas la même chose de ce côté là. C’est plus gris et plus vide. Et tu sais que tu as laissé quelque chose derrière – quelque chose de très précieux et que tu veux récupérer. Tu te retournes et le mur est là, derrière toi, et tu as l’impression qu’il te heurte avec la même force quand tu te rends compte que tu ne peux pas revenir en arrière. Il bloque ta route et il sera toujours là. Tu frappes le mur avec tes poings, tu pleures, tu cries, mais il est incassable et absolu. Il ne te laissera pas récupérer ton précieux petit paquet – ce paquet doit rester de l’autre côté et tu dois continuer sans lui. Tu ne peux pas reprendre le même chemin que tu suivais avant de heurter le mur de brique. Cela est impossible. Donc, tout ce que tu peux faire, c’est d’avancer et de marcher à partir de là. Mais c’est dur et tes jambes n’ont pas envie de le quitter. Tu sais que quand tu regardes derrière toi, il est toujours là. Tu vas peut-être le perdre un peu de vue, mais si tu regardes bien, tu le verras toujours – même de très loin. Tu regardes autour de toi à nouveau et tu vois tous les gens qui n’ont jamais heurté le mur de brique qui continuent aussi. Tu parles de ce mur à certains et ils compatissent – "cela a du faire mal", disent-ils. Tu as l’air en forme pourtant– tu n’a pas de plaies ou de bleus visibles, parce que ceux là guérissent. "Donc ça doit aller maintenant", disent-ils. Tu as envie de crier," mais mes blessures sont à l’intérieur". Comment cela se fait que tu n’es pas au courant de l'existence de ce mur – pourquoi cela n’aura pas pu être toi qui l’aies heurté à ma place. Et puis tu te sens mal – tu sais que tu ne voudrais pas vraiment que quelqu’un d’autre heurte ce mur.

Certaines personnes sont bien. Peut-être ont-ils vu le mur dans le passé ou peut-être sont-ils passés très près – peut-être sont-ils de bons amis ou de la famille qui ferment les yeux et imaginent vraiment ce que cela fait de heurter ce mur. Ce sont eux qui t’aident à continuer d'avancer. Les gens te disent que tu n’heurteras plus jamais ce mur de brique – cela n'arrive seulement qu'une fois dans la vie. Et tu as envie de les croire, même si tu ne peux jamais en être certain. Devant toi, tu as l’impression que ton chemin va de nouveau croiser le soleil – ce même soleil dans lequel tous les autres baignent. Et tu peux peut-être apercevoir juste là un autre paquet qui t’attend pour que tu le ramasses et que tu le portes avec toi toute ta vie. Et peut-être, si tu es assez forte et que tu continues d’avancer, qu’un jour tu y arriveras. Mais ce n’est pas le même paquet qu’avant – cela ne peut pas l'être. Celui là est derrière le mur. Le mur qui est toujours là, si tu regardes derrière toi. Et là-bas, sur le mur, pour toujours, est écrit un message avec des lettres d’un kilomètre de haut, un message que toi seul peux voir :

"Mon bébé chéri, repose
en paix".

Rachel Butterworth (écrit pour sa fille Rhianna, mort-née le 16/10/05.)

Le mur

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